L’avenir fiscal ne sera probablement pas celui où chaque passage
dans une juridiction à fiscalité forte crée automatiquement une
résidence fiscale.
Ce serait juridiquement excessif, et souvent indéfendable.
Mais l’évolution est ailleurs.
Dans quelques années, il ne sera pas nécessairement techniquement
difficile, pour certaines administrations, de rapprocher le
passage d’une personne physique à une frontière, les bases de
données bancaires, les registres de bénéficiaires économiques,
les déclarations automatiques, les structures détenues, les
actifs visibles et les flux rattachés à cette personne.
La question n’est donc pas seulement de savoir si cela est
possible.
Elle est de savoir quand ces rapprochements deviendront ordinaires.
À partir de ce moment, la question posée par une juridiction
fiscalement agressive ne sera plus seulement : cette personne
est-elle passée sur notre territoire ?
Elle deviendra : quels intérêts économiques, quels actifs, quels
revenus ou quels pouvoirs de décision peut-on rattacher à cette
présence ?
Et surtout : quelle autre juridiction peut expliquer, documenter
et défendre de manière crédible que ce capital relève d’elle ?
Certainement pas une juridiction à fiscalité quasi nulle qui
n’offre qu’une adresse, un registre et une fiction de résidence.
C’est dans cet espace que naît le risque : non pas dans le
passage isolé, mais dans l’accumulation de signes, de liens,
d’actifs et d’incohérences que l’administration pourra assembler.
Une juridiction à forte fiscalité n’a pas toujours besoin de
prouver immédiatement l’ensemble de la vie économique d’une
personne.
Il lui suffit parfois d’ouvrir une question.
Pourquoi cette personne vient-elle si régulièrement ?
Où prend-elle ses décisions ?
Où est sa famille ?
Où sont ses intérêts économiques ?
Qui contrôle réellement les sociétés ?
D’où viennent les flux ?
Quelle résidence fiscale peut être opposée sérieusement ?
Le risque naît souvent de cette asymétrie : le contribuable
pense avoir une réponse formelle ; l’administration cherche une
réalité.
Et si la réalité n’est pas documentée, la défense commence déjà
en retard.